Entreprise individuelle au réel en 2026 : le statut unique
Entre la micro-entreprise et la société, il existe une voie intermédiaire trop souvent ignorée : l'entreprise individuelle (EI) au régime réel. Depuis la réforme entrée en vigueur en mai 2022, ce statut a été profondément modernisé, notamment sur la protection du patrimoine. Voici ce qu'il offre en 2026 et pour qui il fait sens.
Le statut unique : votre patrimoine personnel protégé
La grande nouveauté, c'est la séparation automatique des patrimoines. Depuis la création du statut unique d'entrepreneur individuel, votre patrimoine personnel est, par principe, protégé des créanciers professionnels. Seul le patrimoine affecté à l'activité peut être saisi en cas de difficulté. L'ancienne EIRL, qui nécessitait une déclaration d'affectation, a disparu au profit de cette protection de droit.
C'est un changement majeur : l'EI n'expose plus, comme autrefois, la totalité de vos biens personnels. Cette protection rapproche l'EI des sociétés à responsabilité limitée, sans la lourdeur de gestion d'une société.
Micro ou réel : la même EI, deux régimes fiscaux
Une confusion fréquente : la micro-entreprise est une entreprise individuelle, mais avec un régime fiscal et social simplifié. Quand on parle d'« EI au réel », on désigne la même structure juridique, mais imposée au régime réel plutôt qu'au régime micro.
La différence tient à la façon de calculer le bénéfice :
| Régime micro | Régime réel | |
|---|---|---|
| Base imposable | CA moins abattement forfaitaire | CA moins charges réelles |
| Charges déductibles | Non (abattement forfaitaire) | Oui, au réel |
| Comptabilité | Livre de recettes | Comptabilité complète |
| Intérêt | Peu de charges | Charges élevées |
Quand le réel bat la micro
Le régime réel devient plus avantageux dès que vos charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire du régime micro (34 % en BNC, 50 % en services BIC, 71 % en vente).
Prenons un exemple : un artisan en BIC services facture 50 000 € et supporte 30 000 € de charges réelles (matériel, véhicule, local, sous-traitance).
- En micro : abattement de 50 %, base imposable de 25 000 €, alors que ses charges réelles sont de 30 000 €. Il est imposé sur un bénéfice fictif supérieur à son bénéfice réel.
- Au réel : bénéfice imposable = 50 000 − 30 000 = 20 000 €. Il paie donc moins d'impôt.
Nous chiffrons ce basculement en détail dans régime réel ou micro-entreprise. La règle : plus vos charges sont lourdes, plus le réel est intéressant. Consultez la liste des frais professionnels déductibles pour évaluer votre situation.
Cotisations et option pour l'IS
À l'EI au réel, le dirigeant reste un travailleur non salarié (TNS) : les cotisations sont calculées sur le bénéfice réel (et non sur le CA comme en micro), au taux global d'environ 45 %. La réforme de l'assiette sociale 2026 s'applique ici pleinement.
Nouveauté importante : l'entrepreneur individuel peut désormais opter pour l'impôt sur les sociétés (IS), en assimilant fiscalement son EI à une EURL. Cette option ouvre l'arbitrage rémunération/bénéfice conservé dans l'entreprise, mais elle est structurante et mérite l'avis d'un expert-comptable.
Pour qui l'EI au réel est-elle faite ?
- Les indépendants aux charges élevées (artisans, activités avec matériel ou stock) ;
- Ceux qui dépassent le plafond micro mais ne veulent pas la complexité d'une société ;
- Ceux qui veulent la protection du patrimoine sans créer de personne morale.
Avant de choisir, comparez l'EI au réel, la micro et la société sur votre situation avec le comparateur de statuts. Si vos charges sont faibles, la micro reste probablement le meilleur choix ; si elles sont lourdes, le réel — voire l'EURL — mérite une simulation sérieuse.